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Camus, L'Étranger, 1942

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Extraits de la rencontre

  • Le film de Visconti avec Mastroianni m’a beaucoup plu ; Meursault était tel que je l’avais imaginé. Il se trouve sur YouTube, mais la langue originale est l’italien.

  • Je l’ai écouté sur Audible avec la voix de Michael Lonsdale ; j’ai beaucoup aimé la façon de lire.

  • Dans ce livre, j’ai vu l’être humain, l’absurdité, le conflit, des sentiments traversés sans pouvoir les exprimer, comme « maman est morte, et ce n’est pas ma faute », les contradictions comme : le soleil, celui du bonheur, mais aussi celui qui cause le meurtre.

  • Moi, j’étais curieuse d’avancer dans le livre, bien qu’au début, je n’aimais pas vraiment ; les personnages étaient bizarres, je ne comprenais pas où il voulait en venir. Mais finalement, ça m’a plu ; on comprend que c’est un type indifférent à tout. On a l’impression qu’il n’a pas de valeurs, peut-être un caractère superficiel ; rien n’avait d’importance pour lui. La scène de la plage est très bien écrite. Mais ça m’a donné l’impression d’un type qui ne se rend pas compte de ce qu’il fait, d’un irresponsable, hors de la réalité. Ça m’a un peu choquée. Je peux dire que je l’ai trouvé intéressant, même s’il est un peu absurde. Par exemple, il accepte un pistolet de son ami comme si de rien n’était. Comment était la situation en Algérie quand il l’a écrit?

  • Il l’a écrit en 1942, l’Algérie n’était pas encore libérée ; elle sera libérée en 1962. Pour Camus, à cette époque, l’Algérie n’est pas une nation, mais une terre habitée par deux peuples nés sur cette même terre, qui forment à eux deux une véritable patrie. Il est donc impossible d’en chasser un.

  • Mais il est clair que dans ce livre, les deux communautés n’ont rien en commun. La communauté arabe n’existe pratiquement pas, on n’en apprend rien ; elle est en quelque sorte considérée comme étrangère dans son propre pays. L’étranger, dans ce livre, c’est plutôt l’Arabe. Dans tout le procès, il n’y a aucun Arabe ; dans la première partie, les Arabes apparaissent comme des figurants, évanescents.

  • Meursault est condamné à mort, mais pas tant pour son meurtre que pour son comportement, pour son indifférence à l’enterrement de sa mère et ce qu’il fait après – aller voir un film comique. Les témoins au procès ne parlent pas du fait qu’il a tué un homme, mais du fait qu’il n’a pas de sentiments, pas d’âme.

  • Il me semble que beaucoup de gens vivent des vies comme celle-ci, indifférents à ce qui se passe autour; ils ont une vie organique, ils survivent. Meursault, à part le désir pour Marie, n’a pas beaucoup d’intérêts dans la vie ; il fume des clopes pour passer le temps, comme beaucoup de gens dont la vie n’a pas de sens. Mais plus que le thème de l’absurde, je trouve que c’est le thème de l’indifférence. Il ne se projette pas dans un futur, il n’a pas de projets, il vit au jour le jour. Sa vie est plate, sans intérêt.

  • Mais je ne pense pas qu’il vive vraiment le moment présent : il est étranger à lui-même ; il le vit comme un spectateur, pas comme protagoniste. Il décrit sa vie de l’extérieur comme si ce n’était pas lui. Il commet cet acte parce qu’il n’est pas conscient de ce qu’il fait. À un moment donné dans le procès, il dit qu’il regardait quelqu’un qui l’observait et il avait l’impression que c’était lui-même qui s’observait. Pour moi, c’est assez représentatif du livre. Il est « à côté de ses pompes ». L’étranger, c’est lui, pour lui-même et pour les autres. Dans ce sens, on peut dire qu’il n’a pas de conscience au sens où il n’est pas conscient ; pour le prêtre et pour les jurés, il n’a pas de conscience morale. Je trouve que cette perception de lui-même change à la fin, en prison.

  • C’est l’impression que j’ai eue aussi : en prison, il commence à vivre à la première personne ; cependant, il n’a aucun regret ; il chasse l’aumônier. Dans la première partie, il est étranger à lui-même.

  • À mon avis, c’est pour ça que quand il tue l’Arabe, il est lui-même, parce que c’est sa nature d’être inconscient et indifférent. Ça arrive malgré lui, c’est à cause du soleil ; il est irresponsable parce qu’inconscient. Il est indifférent à son geste qu’il ne regrette pas.

  • Je pense qu’il est différent de dire qu’il est lui-même et dire qu’il est conscient ; il est comme il est d’habitude.

À propos de l’Algérie

Gea a beaucoup aimé aussi un autre livre sur la Kabylie : L’Art de perdre d’Alice Zeniter (2017), une trilogie.

Proposition de lecture pour la prochaine rencontre

L’Étranger de Camus, suivi de Meursault contre-enquête de Kamel Daoud.

La rencontre du 29 janvier 2025 a réuni

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